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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 00:16

Grasset - Aout 2018 - 398 pages

Shirin a neuf ans quand elle quitte Téhéran avec ses parents pour rejoindre à Paris le clan familial. Tous ont fui la révolution iranienne, laissant derrière eux une vie fastueuse pour se tasser dans de petits appartements situés dans le même immeuble. Nous ne tarderons pas à constater que les tantes de Shirin (les sœurs de sa mère) leur pourrissent pas mal la vie, notamment l’aînée d'entre elles. 

Entre un père effacé et une mère débrouillarde (mais sous l'emprise de ses sœurs), Shirin grandit et s'approprie la culture française. A l'adolescence, elle tombe amoureuse, prend ses distances avec sa famille, se teint en blonde patine et met en valeur son corps, qui ressemble si peu à celui de ses tantes.

"Les exilés meurent aussi d'amour" est un roman à la fois riche et déstabilisant. Nous découvrons une famille dysfonctionnelle composée (entre autres) d'une tante toxique, d'un grand-père incestueux et d'un petit frère aux talents surnaturels. Shirin tente de tirer son épingle du jeu, de prendre de la distance, de fuir la violence psychologique qui règne dans sa drôle de famille. La jeune iranienne tente de faire cohabiter les deux cultures qui l'entourent : « Et puis je n'avais pas la gueule de l'emploi : ni celle de ma famille, ni celle de la France. Trop occidentale pour l'Iran, pas assez typée pour la France. Et pourtant. Il y avait quelque chose de métèque en moi qui persistait et que je ne voulais pas effacer. Quelque chose me disait que la boue où j'avais grandi était la bonne matière à travailler pour trouver mon vrai visage. »

Il y a dans ce livre, très bien écrit, de beaux passages sur l'exil, sur l'apprentissage d'une nouvelle culture, d'une nouvelle langue. Entre le conte et le roman, cet ouvrage a une ambiance très orientale. Après un petit moment d'adaptation, je me suis laissé porter par l'écriture et j'ai beaucoup aimé suivre l'évolution de cette jeune exilée et de sa famille rocambolesque.

Je vous laisse avec ce très beau passage sur l'apprentissage de la langue :

"Comme tous les exilés, j'apprenais le français avec acharnement. Je cherchais les mots dans le dictionnaire, je fouillais les phrases à la recherche d'une familiarité et rien ne me faisait davantage plaisir que de reconnaître au moins un mot dans une obscure définition. C'est la raison pour laquelle la majorité des exilés parlent un français anachronique. Ils tentent si fort de comprendre ce qui se dit dans le nouveau pays, ils sont tellement à l'affût de précision et d'outils pour se faire entendre, qu'ils prennent les mots pour argent comptant, ils les accumulent, ceux qui servent et ceux que tout le monde a oubliés, les mots qui disent les métiers d'antan comme ceux qui décrivent un point de couture. Ils se rendent compte beaucoup plus tard que leur français impeccable, leurs mots justes, leur grammaire précise, ne sont qu'un signe supplémentaire de leur exil. Les exilés vivent à contretemps : la langue qu'ils parlent est une langue apprise, une langue domptée, une langue morte. Ils ne parlent pas le français d'aujourd'hui mais celui d'avant-hier."

Une belle découverte. Je conseille !

12/12

Les avis de Eimelle - Leiloona

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commentaires

G
le côté incestueux me dérange vraiment, mais l'évolution de cette JF me tente toute de même. A voir, si je trouve ce roman à la bib' !
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S
@Géraldine : je te le conseille !
G
Très bel extrait. Cela me fait penser à "Marx et la poupée"
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S
@Gamadou : Figure-toi que je suis en train de lire "Marx et la poupée". Pour l'instant, je trouve le style différent mais je n'ai lu qu'un quart.
A
Vu l'auteure sur Livres et vous. Passionnante.
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S
@Alex : je ne suis pas surprise. C'est une auteure que je vais suivre.
J
ça a l'air très beau mais je ne suis pas certain de m'y retrouver.
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S
@Jérôme : je ne sais pas mais pourquoi pas...
N
Il m'attire ce roman... et il m'attend ce dont je me réjouis !
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S
@Noukette : je t'envie presque d'avoir cette belle découverte devant toi.