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Folio - 248 pages - traduit de l'espagnol (Mexique) par Eduardo Jimenez et Jacques Rémy-Zéphir
Tita était née en pleurant. Peut-être qu’elle se doutait que son sort était fixé, que, dans cette vie, le mariage lui serait refusé. Voilà comment Nacha racontait l’irruption de Tita sur terre : elle fut projetée par un torrent de larmes formidable qui inonda le sol de la cuisine.
L’après-midi, la frayeur était passée et l’eau évaporée par les rayons de soleil. Nacha ramassa le résidu de larmes sur le carrelage rouge. Avec ce sel, elle remplit un sac de cinq kilos qu’on utilisa longtemps pour cuisiner.
Le sous-titre du roman, « Roman-feuilleton où l'on trouve des recettes, des histoires d'amour et des remèdes de bonne femme », laisse imaginer une bluette. Il n'en est rien. S'il contient bel et bien des recettes et des remèdes, les histoires d'amour sont loin de ressembler à celles des feuilletons traditionnels.
Le roman nous transporte au début du XXe siècle, dans un Mexique en pleine révolution. Tita et Pedro sont amoureux, mais la mère de la jeune femme refuse leur union pour des motifs égoïstes. Elle se réfugie en effet derrière une tradition qui veut que la plus jeune des filles reste célibataire pour s'occuper de ses parents âgés. Pedro décide alors d'épouser l'une des sœurs de Tita afin de rester près d'elle. Comme on peut l'imaginer, personne ne trouve son bonheur dans cet arrangement.
Nous suivons cette famille sur plusieurs décennies, marquées par les soubresauts de la révolution mais aussi par les événements, heureux ou tragiques, qui jalonnent leur quotidien. Il est difficile de résumer ce roman tant il contient d'éléments oniriques, sans toutefois basculer dans le fantastique.
Tita est un personnage particulièrement attachant. D'une grande fantaisie, amoureuse de la vie et d'une sensualité débordante, elle alterne grands élans d'énergie et profonds abattements. Son amour de la cuisine l'aide à surmonter les épreuves, mais ne suffit pas à combler ses attentes. J'ai eu plus de mal à m'attacher à Pedro, qui ne se montre pas toujours à la hauteur de la femme qu'il aime.
Chocolat amer est une lecture divertissante et sensuelle, qui réserve des rebondissements apportant du piment au texte. J'ai beaucoup aimé la plume fantaisiste de Laura Esquivel, qui n'hésite pas à passer de l'humour à la tragédie au détour d'une page.
En bref, une jolie plume et une lecture très distrayante !