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Voilà un petit livre magnifique dont il est très difficile de parler sans trop en dire. Un homme et une femme quittent leur domicile en plein hiver pour se rendre à la maternité, pleins d'espoir. Ils ont tellement rêvé de cet enfant qui va naître ! Nous les suivons durant les trois ou quatre jours sans doute les plus éprouvants de leur vie.
J'ai acheté ce roman bouleversant à l'occasion du « désherbage » d'une médiathèque et il a dormi plusieurs années dans ma pile à lire. Je l'ai lu d'une traite, à la fois enchantée par la pureté de l'écriture et le cœur serré par l’enchaînement des événements. Nous accompagnons ce merveilleux couple dans les gestes de l'après, tellement importants pour cheminer vers un processus de résilience. L'écriture, très simple, s'attache à l'essentiel, sans pathos.
Ce petit roman est à la fois extrêmement triste et étonnamment réconfortant.
Femme de ménage à Paris, Mariette hérite d'une maison dans un coin perdu de la Normandie. Le notaire a parlé de bicoque, mais pour Mariette, cette maison à la campagne sera toujours plus agréable que sa chambre de bonne. La toute nouvelle propriétaire quitte son emploi et prend le train en direction de la Normandie. Avec sa maigre retraite et sans loyer, Mariette devrait s'en sortir, car la frugalité ne fait pas peur à cette femme peu exigeante.
Elle tombe immédiatement amoureuse de cette toute petite maison et met toute son énergie à remettre en état ce qui devient peu à peu un merveilleux jardin. Mariette vit de façon très simple, au rythme des saisons. Elle ne voit pas grand monde, mais sa maison et son jardin suffisent à la satisfaire. La rencontre d'une toute jeune fille, Louise, va mettre un peu de piment dans sa vie d'ermite. Une amitié improbable va se nouer entre ces deux personnes. Les deux femmes apprennent à se connaître en jardinant ensemble dans le petit paradis de Mariette.
Quel joli petit roman ! Je l'ai dégusté comme un bonbon, en essayant de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. L'ouvrage passe actuellement de main en main dans mon cercle de connaissances, et tous sont subjugués par la poésie de ce texte. L'écrivaine dresse un très joli portrait d'une femme qui trouve l'épanouissement à la soixantaine, montrant qu'il n'y a pas d'âge pour prendre goût à la vie.
Ce livre ravira les amoureux du jardinage et de la nature, mais vous pouvez tout à fait l'apprécier sans être fan des travaux de jardin, je vous rassure. C'est mon cas, et je me suis régalée malgré tout.
"Toi, oui. L'autre, pas. » Le Hasard a pris possession des rues. C'est lui qui décide. Il sourit parce qu'il sent que ce soir, il va se bâfrer. Et il joue. Avec malice. Déjoue toutes les prévisions, invente un circuit du meurtre qu'il modifie sans cesse. Une voiture devant celle des tueurs qui n'avance pas assez vite, les énerve et les fait tourner dans une rue plutôt qu'une autre. Un client qui quitte la terrasse trois secondes avant qu'ils n'arrivent. Un ami qui fait la fête avec d'autres mais se lève pour aller aux toilettes cherche des yeux - lorsqu'il revient - ceux avec qui il riait mais ne voit que des corps à terre. "
Dans ce court récit choral, Laurent Gaudé retrace ce qu'ont pu vivre différents protagonistes concernés de près par les attentats perpétrés le 13 novembre 2015. Tour à tour, nous écoutons la parole de victimes, de parents, de témoins, de pompiers, de médecins... Certains se trouvaient en terrasse ou au Bataclan, d'autres dans la rue ou chez eux.
La langue magnifique de l'auteur parvient à nous faire revivre ce jour épouvantable où le destin de nombreuses personnes a basculé. Certes, les témoignages et reportages de l'époque nous avaient sensibilisés au déroulement des événements et à la cruauté des destins brisés, mais une œuvre comme celle de Laurent Gaudé nous permet d'être au plus proche de tous ces gens qui ont souffert physiquement et moralement.
Ce texte poétique et percutant est un vibrant hommage à tous ceux que cette journée a marqués à jamais.
C'est l'histoire d'un couple mixte confronté à l'éducation d'un enfant qui ne correspond pas aux normes. Jonas est juif et Lucie est de culture catholique. Dès la naissance d'Ariel, leur enfant, des tensions liées à leur mixité culturelle surviennent, mais le couple parvient à les surmonter.
L'un et l'autre font des efforts, sachant que c'est pour Lucie que l'effort à fournir est le plus conséquent. En effet, le père de Jonas est très pratiquant, et Jonas souhaite préserver l'équilibre familial. C'est Lucie qui raconte l'histoire, avec humour et un ton enjoué. La jeune femme est un personnage très attachant, auquel il est facile de s'identifier.
Quand Ariel entre à l'école maternelle, la vie du couple bascule peu à peu. Le petit garçon a du mal à gérer ses émotions et se montre violent envers ses petits camarades. Ce comportement se manifeste dans tous les lieux où il côtoie d'autres enfants : au parc, chez des amis... Ses parents finissent par éviter les situations qui pourraient poser problème. Bien entendu, ils s'interrogent sur l'origine de cette violence. Serait-elle en lien avec le passé de déportés des ancêtres de Jonas ? Ils finissent par se décider à consulter une psychologue, qui les oriente sur une autre piste : un manque de cadre éducatif pour Ariel.
L'histoire de cette famille est facilement transposable. Les parents d'aujourd'hui ont souvent des difficultés à poser un cadre à leur enfant. Les générations précédentes ne se posaient pas autant de questions : l'adulte décidait et l'enfant, qui n'avait pas son mot à dire, obéissait. Le juste milieu entre ces deux modes éducatifs n'est pas simple à trouver, et Lucie et Jonas en sont la parfaite illustration. Cette difficulté est parfois accentuée par des différences culturelles au sein du couple. C'est le cas ici.
Ce premier roman a beaucoup de qualités. Le sujet de l'éducation est traité avec finesse et originalité, et l'on apprend beaucoup sur la culture juive à travers le prisme familial. J'ai passé un très bon moment avec les personnages. L'écriture est très fluide, les pages se tournent toutes seules. Cerise sur le gâteau : l'humour est omniprésent et permet de dédramatiser certaines situations.
Pour un premier roman, c'est vraiment une réussite !
Traduit par Michel Volkovitch et illustré par Anne Defréville
"Je veux garder en mémoire à jamais tout ce qui s'est passé entre nous, l'instant le plus infime – toutes les fois où elle m'a dit « je t'aime », toutes les fois où elle m'a touché de cette façon qu'elle seule, d'instinct, connaissait. Me souvenir à jamais de sa voix quand elle chuchotait, le contact de ses lèvres, l'odeur de son corps. Me souvenir non seulement de ce qui fut dit, mais de tous nos silences. Les gens meurent seulement quand nous les oublions. Gioconda doit rester vivante aussi longtemps que je vivrai – et plus longtemps que moi. Vivante ainsi que je l'ai connue, s'épanouissant sous mes regards, mes caresses, mes baisers."
J'ai lu "Gioconda" une première fois il y a une vingtaine d'années. Je me souviens d'avoir été éblouie par ce roman lumineux qui raconte merveilleusement l'histoire d'amour entre deux adolescents, en Grèce, durant la Seconde Guerre mondiale.
L'histoire, qui se déroule sur deux ans, est racontée par Nikos, désormais âgé d'une quarantaine d'années. Il nous raconte cette prodigieuse histoire d'amour qu'il a vécue avec Gioconda, une jeune voisine juive. Nous savons dès le début du récit que Gioconda et sa famille seront arrêtés et déportés, mettant ainsi un terme à l'histoire d'amour entre les deux adolescents.
L'auteur nous restitue ses souvenirs avec beaucoup d'émotion et de gratitude pour Gioconda. Ce livre est exceptionnel, tant l'auteur parvient à restituer merveilleusement cet amour — au début platonique — qui évolue peu à peu vers un amour charnel. L'auteur nous fait vivre par procuration la tendresse, puis l'éveil des corps qui apprennent à se connaître. Le choix des mots est tout à fait remarquable, et les relations sexuelles entre les deux adolescents apparaissent comme tout à fait naturelles.
Bien entendu, il y a dans ce livre un fond de tristesse. Comment se remettre de la perte d'un amour aussi fort, aussi pur ? Gioconda a été arrachée à Nikos, et cela nous fend le cœur, même si, pour l'homme, se mêle à la tristesse la joie d'avoir connu un amour aussi fort.
La version proposée par les éditions de l'Aube est très soignée et comprend des illustrations qui nous plongent dans l'ambiance de ce quartier modeste de la Grèce de ces années-là. L'illustratrice donne un visage et un corps aux deux adolescents et restitue elle-aussi cette sensualité entre Nikos et Gioconda.
"Ce qu’il y a d’insupportable dans la résilience c’est l’idée que toute cette souffrance ne conduise qu’à être normal. Accepter que ce que les autres ont sans effort ne lui est donné qu’au prix d’une double peine : le martyre et le chemin de croix de la guérison."
C'est avec une certaine appréhension que j'ai abordé ce récit dans lequel Neige Sinno évoque le viol qu'elle a subi enfant. Maintenant que je l'ai lu, je peux affirmer que c'est un texte essentiel, qui n'épargne pas le lecteur mais lui fait voir la vérité en face. L'inceste est malheureusement très répandu et traverse tous les milieux. Il est capital de le savoir pour protéger les plus jeunes, car l'enfant, bien souvent, ne peut pas parler de sa propre initiative.
Pour ceux qui hésitent à le lire, sachez que ce livre n'est pas qu'un témoignage. L'autrice raconte son histoire tout en l'analysant. Elle se questionne notamment sur "l'origine du mal" : comment un être humain, ici le beau-père, peut-il faire autant de mal à un autre, d'autant plus vulnérable qu'il s'agit d'un enfant ?
Neige Sinno interroge les motivations de son bourreau pour tenter de trouver des réponses : « Il disait qu’il m’aimait. Il disait que c’est pour pouvoir exprimer cet amour qu’il me faisait ce qu’il me faisait, il disait que son souhait le plus cher était que je l’aime en retour. » Son beau-père lui reprochait de ne pas être proche de lui. Elle explore l'idée selon laquelle le viol est un acte pseudo-sexuel, lié au contrôle et à la domination, et non pas principalement à un désir sexuel.
Neige Sinno s'interroge également sur l'usage de la littérature pour raconter son vécu. Elle explique que l'écriture a été un chemin douloureux, et que celle-ci ne l'a pas sauvée. En pensant au parcours du combattant de tous les enfants victimes d'inceste pour continuer à vivre, j'ai fini mon écoute le cœur serré.
Le récit est lu par l'autrice elle-même. Si ce n'est pas toujours un choix judicieux, c'est ici une réussite. L'autrice restitue son texte avec force et justesse, rendant son interprétation très percutante.
"Quand nous étions malades, nous avions le droit de dormir avec elle. Elle appelait cela faire kolkhoze, et nous aimions passionnément ce dortoir improvisé autour de sa présence."
Emmanuel Carrère est un auteur dont j'attends avec impatience la publication d'un nouveau livre. J'ai donc acheté Kolkhoze dès sa sortie, et j'avais hâte de m'y plonger. J'ai pris mon temps pour le lire, car les thèmes abordés sont nombreux et je ne voulais pas bâcler ma lecture.
Dès les premières lignes, j'ai retrouvé avec bonheur le style d'écriture d'Emmanuel Carrère, d'une grande fluidité. J'aime particulièrement la manière dont il structure ses ouvrages, s'attachant à ne jamais perdre le lecteur. Dans Kolkhoze, il divise son récit en trente chapitres dotés de sous-titres qui nous aident à suivre le cheminement de sa pensée. La table des matières offre un plan détaillé de l'ouvrage, ce que j'ai trouvé très utile.
Le personnage central du récit est Hélène Carrère d'Encausse, la mère d'Emmanuel. Historienne et grande spécialiste de la Russie, elle a été membre de l'Académie française à partir de 1990 et a occupé la fonction de Secrétaire perpétuel de l'institution.
Il est également question du père d'Emmanuel Carrère, que l'écrivain présente comme un personnage attachant, un peu effacé. L'homme vivait dans l'ombre de sa femme, qu'il admirait. Une fois à la retraite, Louis Carrère d'Encausse s'est intéressé à la généalogie familiale (essentiellement du côté de sa femme). Grâce à ses travaux, Emmanuel Carrère a pu se plonger facilement dans l'histoire de sa famille sur quatre générations.
Du côté de sa mère, l'écrivain est d'origine russe et géorgienne, issu d'une famille d'aristocrates et d'intellectuels qui a fui la Révolution russe. Arrivés en France, ils ont vécu très modestement, cherchant à s'intégrer sans renier leur culture d'origine. Un arbre généalogique aurait été appréciable, mais je m'en suis fabriqué un moi-même pour ne pas me perdre.
Parmi les nombreux personnages présentés dans ce livre, certains sont plus marquants que d'autres. Quelques-uns, dont le grand-père maternel de l'écrivain, ont un passé peu glorieux. Hélène Carrère d'Encausse et son frère Nicolas en ont beaucoup souffert, mais les répercussions sur leur vie n'ont pas été les mêmes. Emmanuel évoque longuement son oncle Nicolas dont il était très proche.
Plusieurs chapitres du livre sont consacrés aux relations de l'auteur avec ses parents et, en particulier, avec sa mère. Elle était assez maternelle, mais s'est durcie par la suite. Elle se montrait intransigeante avec son mari, qu'elle reléguait au second plan. Telle que décrite par son fils, qui pourtant lui rend hommage, il est difficile de la trouver sympathique. Je salue toutefois son courage et son incroyable dignité jusqu'à la fin de sa vie.
"La jeune femme enthousiaste et sérieuse autour de qui mes sœurs et moi nous faisions Kolkhoze a été remplacée. Le visage de maman, dont je pensais être pour toujours le petit Hélénou, est devenu dur, à la fois effrayé et effrayant."
Hélène Carrère d'Encausse était une historienne éminente et une spécialiste de la Russie, régulièrement consultée. Emmanuel Carrère n'hésite pas, cependant, à souligner les erreurs de jugement de sa mère qui, par exemple, n'a pas vu venir la guerre en Ukraine et a parfois fait preuve d'une certaine complaisance envers Poutine avant la guerre.
J'ai beaucoup aimé ce livre. Je l'ai trouvé très riche en contenu et assez drôle par moments, car l'auteur glisse dans son récit quelques anecdotes savoureuses. J'ai aussi beaucoup apprécié les récits de voyage sur les traces de ses ancêtres, notamment en Géorgie, où il n'a mis les pieds qu'à l'âge de 64 ans. La Géorgie est un pays que je connais fort mal, j'ai donc trouvé cette partie du récit très instructive. J'ai également aimé qu'il nous partage sa vision de la Russie contemporaine.
"C'est une constante de la pensée soviétique, m'expliquait Montefiore, c'est peut-être même le cœur du logiciel soviétique, depuis sa naissance, de nommer les choses au rebours exact de leur réalité et de faire vivre les gens dans un univers de mensonge sans limite ni repère, d'inversion généralisée. Le plus devient le moins, le moins devient le plus, la misère l'opulence, le goulag la liberté."
Le dernier chapitre est le plus intime du livre. Emmanuel Carrère y raconte la dernière semaine de sa mère et ses dernières heures. C'est émouvant, bien entendu, mais sans pathos. Je serais bien incapable de raconter un moment aussi intime, mais je dois reconnaître qu'il le fait très bien.
Cela fait plusieurs jours que je repousse l'écriture de ce billet, intimidée par ce merveilleux premier roman. Ce livre est une véritable pépite et je suis sincèrement heureuse de l'avoir lu en avant-première, sans aucune idée préconçue sur son contenu.
Comme le titre le suggère, ce roman traite du thème des nourrices. On y suit plus particulièrement l'une d'entre elles, nommée Sylvaine. L'histoire se déroule vraisemblablement au XIXe siècle. Sylvaine est mariée à un bûcheron et, comme beaucoup de femmes de son village, elle a décidé de nourrir un enfant qui n'est pas le sien. C'est pour ce jeune couple l'occasion d'arrondir ses fins de mois.
La petite fille qu'elle accueille s'appelle Gladie. Sa mère, issue de la bourgeoisie, n'avait pas l'intention d'allaiter son bébé, car cela ne se faisait pas dans son milieu social. Sylvaine fait de son mieux, mais la petite n'est pas très robuste. Un soir de pleine lune, Sylvaine est mystérieusement attirée hors de la maison. Ses pas la mènent vers une clairière où elle découvre une petite fille abandonnée, avec un cahier posé à ses côtés. Poussée par son instinct maternel, Sylvaine recueille l'enfant, tout en sachant qu'elle ne pourra pas le garder. Le couple n'a en effet pas les moyens de nourrir un autre enfant. Quand la jeune femme découvre un matin que l'enfant de la ville est morte dans la nuit, elle la remplace par l'enfant de la lune…
Lorsque Babelio m'a proposé ce livre dans le cadre d'une opération spéciale, j'ai su immédiatement, en admirant la sublime couverture, que j'accepterais l'offre. Et j'ai eu raison, car j'ai passé de délicieuses heures à lire ce texte magnifique qui m'a enchantée. Je ne trouve à ce livre que des qualités. L'autrice s'empare de faits historiques peu connus (l'industrie des nourrices au XIXe siècle) et nous offre une histoire originale et captivante. Autour de Sylvaine gravitent des personnages que l'on prend plaisir à découvrir. La femme n'est pas réduite dans ce livre à son rôle de nourrice. L'écrivaine nous offre de merveilleuses pages sur la maternité mais également sur la place de la femme dans la société. Nous voyons les femmes du village s'émanciper peu à peu du joug masculin.
Les pages se tournent presque trop vite. J'ai même essayé de ralentir le rythme pour mieux savourer la jolie écriture ciselée de Séverine Cressan. Je dois aussi souligner qu'en plus de rendre hommage aux nourrices et, plus largement, aux femmes, Séverine Cressan nous offre de magnifiques descriptions de la nature, qui tient ici le rôle d'un personnage à part entière.
Je pourrais continuer à couvrir ce livre d'éloges, mais vous l'aurez compris, c'est un coup de cœur et je vous le conseille plus que chaleureusement.
J'ai lu ce livre il y près de quatre mois et je prends enfin le temps de le chroniquer. J'ai découvert la plume de Marie Sizun peu de temps après l'ouverture de mon blog et n'ai jamais cessé de la lire. Nous retrouvons dans ses romans des thèmes qui lui sont chers, notamment celui de l'enfance qu'elle a traité de nombreuses fois. Dans l'absent, l'écrivaine nous surprend en nous proposant un thème qu'elle n'avait pas abordé jusqu'ici.
La narratrice revient sur une période qui a marqué la deuxième partie de son existence. Elle évoque, avec une grande délicatesse, l'homme qu'elle a aimé et perdu depuis peu. Désormais mort, Il est "l'absent" à double titre puisqu'ils n'ont jamais vécu ensemble à temps plein. La narratrice le partageait avec "l'autre femme", qu'il n'a jamais voulu quitter.
En racontant cette histoire, la narratrice aborde différents thèmes et notamment celui du deuil de l'être aimé. Elle évoque la peine incommensurable qu'elle éprouve depuis son décès. La narratrice aimait profondément cet homme dont elle nous offre un très joli portrait. Physiquement, il avait un petit quelque chose de l'inspecteur Colombo de la série télévisée.
Cet amour lui apportait beaucoup de bonheur mais lui occasionnait aussi beaucoup de frustration et de périodes de doutes. Avec beaucoup de pudeur, elle évoque la place inconfortable de l'amante illégitime reléguée à la seconde place. Sa plus grande peine est de ne pas avoir pu accompagner, dans ses derniers instants, celui qu'elle aimait de façon inconditionnelle.
C'est vraiment un très beau livre que nous offre Marie Sizun. Depuis que je l'ai lu, mon exemplaire est passé dans plusieurs mains et il a enchanté toutes les personnes qui l'ont lu.
10-18 (Belfond 2020) - 402 pages - traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Tardy
Une note historique, en début de livre, nous donne quelques indications précieuses sur le contexte historique du roman : "Dans les années 1580, un couple qui habitait Henley Street, dans la ville de Statford, eut trois enfants : Suzanna puis Hamnet et Judith, des jumeaux. Le garçon Hamnet, mourut en 1596 à l'âge de onze ans. Quatre ans plus tard, son père écrivit une pièce de théâtre intitulée "Hamlet".
En partant de faits réels, Maggie O'Farell nous propose un merveilleux roman dans lequel elle tente d'imaginer ce qu'a pu être la vie de cette famille frappée par un deuil cruel. Shakespeare n'est jamais nommé explicitement. Il est appelé "le père" ou "le mari". Souvent absent de son domicile, le dramaturge n'est pas au centre du roman, laissant la place à sa femme, Agnès, une femme tout aussi attachante qu'atypique. Les relations entre les enfants, notamment entre les jumeaux, constituent des moments forts du roman.
Grâce aux allers et retours entre les différentes périodes de la vie d'Agnès nous réunissons peu à peu les pièces du puzzle de son existence : une enfance à la campagne, une rencontre improbable avec Shakespeare et une vie maritale peu conventionnelle. Le portrait d'Agnès est magnifiquement bien incarné. Cette femme illettrée est très utile à son village grâce à sa connaissance des vertus médicinales des plantes. Bien que maternelle et attachée à son foyer, elle tient à garder son activité de soignante auprès de la population, coûte que coûte.
Maggie O'Farell nous offre un roman sensuel et d'une grande richesse. Elle n'hésite pas à flirter avec le surnaturel. Certains passages sont poignants mais l'écrivaine de tombe jamais dans le pathos. Le contexte historique est intéressant. Nous pouvons imaginer les conditions de vie de l'époque. Nous traversons notamment une terrible épidémie de peste.
Un gros coup de cœur et assurément une de mes plus belles lectures de ces dernières années.
J'ai lu ce livre fin 2024 sans faire de billet. Le mois anglais me donne l'occasion d'en parler sur ce blog.
Lu dans le cadre du mois anglais organisé par Lou et Titine