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Audiolib 2024 - (Edition originale JC Lattes) - 5 h 48 - lu par Clément Bresson
Nous sommes à la campagne dans un lieu indéterminé. La vie des habitants évoque celle du Moyen Âge. Un propriétaire tout-puissant règne sur des terres exploitées par des gens qui vivent dans la misère et souffrent même de la famine. L'arrivée dans le hameau de Madeleine, enfant rebelle, chamboule la vie des habitants. Madeleine travaille autant que les garçons, n'accepte pas l'ordre établi et rue dans les brancards.
Ce livre aux allures de conte commence par un drame dont nous ne savons rien, sinon qu'il va bouleverser l'existence des habitants du hameau. Il nous faudra attendre la fin du roman pour comprendre ce qui s'est passé. La parole est d'abord donnée à un personnage qui nous intrigue, avant que le relais ne se fasse avec un narrateur omniscient. L'autrice continue à nous tenir en haleine avec différents rebondissements. Quand le drame survient, l'angoisse ne nous lâche plus jusqu'au dénouement.
J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman. Je me suis accrochée car je savais que les critiques étaient élogieuses, et j'ai bien fait car j'ai beaucoup aimé ce livre, tout à fait captivant et qui se démarque par sa construction et sa fantaisie. La plupart des personnages sont attachants et humains malgré la dureté de leur condition. Une fois bien ancrée dans l'histoire, j'avais peine à quitter les personnages et hâte de les retrouver.
Voici des livres différents par leur style, mais qui racontent tous les trois des histoires de femmes victimes du patriarcat.
Le secret des mères - Sophie De Baere (Lattes 2025)
Colette revient enterrer sa mère dans le Morvan. Nous comprenons qu'elle n'est pas à l'aise dans cette famille qui lui cache quelque chose. Nous remontons dans les années 1960 pour découvrir, peu à peu, le secret dont il est question. Ce roman, bien que traitant de plusieurs sujets, se penche principalement sur la condition féminine à cette époque. La construction est habile et l'histoire très prenante.
Nous qui avons connu Solange - Marie Vareille (Flammarion 2026)
Comme dans "le secret des mères", l'histoire se passe à la campagne et balaye plusieurs époques. Nous remontons cette fois en 1917 et suivrons quatre générations de femmes se débattant au mieux avec les lois de leur époque. Le personnage central est Solange, que l'on a placée dans une école de préservation pour jeunes filles parce qu'on la jugeait déviante. Il y a aussi Célestine, qui a dû abandonner ses études à la mort de sa mère. Ces femmes sont fortes mais ne sont "que des femmes" à une époque où l'homme avait tous les droits. Marie Vareille est une autrice qui publie beaucoup et j'avais un peu peur de lire un roman manquant d'exigence. J'ai été agréablement surprise. c'est un roman que l'on a plaisir à retrouver, avec des personnages à la psychologie fouillée.
Mon vrai nom est Elisabeth – Adèle Yon (Editions du Sous-Sol 2025)
À l'origine de ce livre, il y a une thèse, écrite par la narratrice dans le cadre de ses études, qui a pris la forme d'une vaste enquête sur le parcours psychiatrique de son arrière-grand-mère dans les années 1950-1960. Intriguée par cette aïeule dont on ne parlait qu'à demi-mots, Adèle Yon a compris qu'il en allait de sa propre santé mentale de dénouer ce secret de famille. Elle nous offre une enquête fouillée et documentée qui nous permet de nous faire une idée de ce qu'était la psychiatrie dans ces années-là, pourtant pas si anciennes. Le sort réservé aux femmes abandonnées par leur famille aux mains d'apprentis psychiatres est absolument révoltant.
Je vous conseille ces trois livres, avec une préférence pour le dernier, original par sa forme et fort bien documenté.
Voilà de nouveau une BD de mon auteur chouchou, Emmanuel Lepage, avec lequel nous embarquons cette fois pour les terres australes à bord du Marion Dufresne. L'ouvrage, très complet, se présente sous la forme d'un reportage dessiné dans lequel il est question de la vie à bord durant la traversée, puis sur les bases. Le dessinateur nous fait également découvrir ce monde austral que nous connaissons si peu. Il se penche sur l'histoire et la géographie des lieux et restitue la splendeur des paysages grâce à ses merveilleux dessins.
Le texte est instructif et passionnant, sans oublier le côté humain de l'expédition. Il est question de la faune, de la flore, mais également du rôle et de la vie des scientifiques qui restent sur place de longs mois. Le caractère sauvage de ces îles battues par les vents est admirablement retranscrit. Les dessins en noir et blanc ainsi que les aquarelles sont un plaisir pour les yeux. Je ne manquerai pas de lire Retour aux îles Kerguelen, qu'il a écrit et dessiné une dizaine d'années après celui-ci, à l'occasion d'un deuxième voyage. Je ne me lasse pas des albums de cet auteur !
Parmi les livres de cette rentrée littéraire, Le Pays des étés est l'un de ceux qui ont le plus attiré mon attention. En effet, j'avais eu un coup de cœur pour Que reviennent ceux qui sont loin, dans lequel l'auteur évoquait avec beaucoup de nostalgie ses vacances en Bretagne dans la maison familiale. En commençant Le Pays des étés, j'ai eu l'impression, dans un premier temps, de relire le livre précédent. Nous sommes dans la maison de vacances bretonne, et Pierre Adrian se remémore les étés dans ce petit village de bord de mer. C'est lorsque la maison est vendue (à la page 72) que le thème de ce nouveau roman se déploie véritablement. Nous découvrons alors ce que devient la bâtisse et comment s'organise, dans le village, la cohabitation avec les nouveaux occupants. Il est question également de l'impact de la vente de la maison sur les membres de la famille.
L'auteur évoque aussi l'évolution de certains villages bretons qui, victimes de leur succès, perdent en authenticité. Les vacanciers d'hier se fondaient dans le décor, ce qui n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Certaines maisons ont « l'affront » de se doter d'une piscine (les Bretons nagent dans la mer !) et leurs occupants se pavanent en jet-ski, comme sur la Côte d'Azur. J'ai la chance d'habiter un village de bord de mer très préservé pour l'instant, mais cette possible évolution m'inquiète. L'auteur aborde par ailleurs un problème qui touche certains lieux : la pollution agricole.
J'ai retrouvé avec grand plaisir la plume élégante de Pierre Adrian et ses superbes descriptions de la Bretagne. Le jeune auteur sait retranscrire avec beaucoup de justesse la nostalgie de ce qui n'est plus. Le hasard a fait que j'ai lu ce roman au moment où nous venions de vider la maison de ma belle-mère décédée, il y a quelques mois. Ce lieu était « le pays des étés » de mes enfants, et je crois que mon état d'esprit du moment a décuplé l'émotion que m'a procuré le livre de Pierre Adrian.
Je dois toutefois admettre que j'ai une préférence pour Que reviennent ceux qui sont loin. Les redites du début sont un peu superflues pour qui a déjà lu le premier roman. Par ailleurs, la fin (que bien sûr je ne dévoilerai pas) m'a paru un peu exagérée. En dépit de ces bémols, je conseille cette lecture qui m'a fait passer un bon moment.
Editions Paulsen - aout 2026 - 380 pages - Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Odile Carton
"L'os vient de la queue du lapin. Je l'arrache à la carcasse et le suce jusqu'à ce qu'il soit propre, et j'avale le nom qui est dedans, l'assimile dans mon squelette où il me donne une nouvelle articulation, une façon d'être Ma Fille.
Qu'est-ce que tu es maintenant, Ma Fille ?
Je suis Os.
Ma Fille-Os. Phalangette. Ma Fille-Moëlle."
« Vie et mort d’une mite » (Life Cycle of a Moth) est un titre étrange et peu évocateur qui aurait pu me faire passer à côté de ce très bon roman. Nous suivons le quotidien de Maya et de sa fille qui vivent en huis clos dans une cabane au milieu d'une forêt. La jeune fille, âgée d'une quinzaine d'années, n'a jamais rencontré d'autres êtres humains. Sa mère l'éduque d'une façon peu conventionnelle et lui interdit de dépasser une barrière au-delà de laquelle se trouvent « les pourris ». Son quotidien est ponctué de rituels que lui enseigne sa mère, et il lui faut chasser et cueillir pour se nourrir.
Il est très difficile de parler de ce roman sans trop en dire. Je fais le choix de faire l'impasse sur certains éléments pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture. Nous saisissons l'étrangeté de la situation de cette mère qui s'est créé une sorte de monde imaginaire pour y embarquer sa fille, mais nous ne savons rien des pourris dont Maya veut la protéger. L'arrivée inattendue d'un homme dans les parages va marquer un tournant dans leur vie. La jeune fille prend très lentement ses distances avec sa mère et commence à relever certaines incohérences, entraînant le lecteur à s'interroger lui aussi...
Le thème de ce roman m'a fait penser au livre de Jean Hegland, Dans la forêt [ou Le temps d'après], mais j'ai trouvé l'histoire de Rowe Irvin plus originale. Le style est poétique et empreint de sensualité, notamment dans la description de la nature. La construction du livre est plus travaillée. Le monde imaginaire créé par Maya a demandé à l'autrice un gros effort d'imagination, et le résultat est une vraie réussite. C'est un roman très dépaysant par l'histoire qu'il raconte, mais aussi par la présence de la nature dans laquelle nous immerge l'autrice.
C'est un très bon roman, très original, qui donne à réfléchir sur le rôle des parents dans l'éducation des enfants.
Lu par Jerémy Lopez - Lizzie (Julliard 2025) - 3 h 55 minutes
Hugo est un adolescent de 14 ans un peu atypique, ce qui fait de lui la proie idéale de camarades harceleurs qui le prennent pour cible. Hugo tente de résister mais souffre, et sa mère finit par s'inquiéter. Son père minimise dans un premier temps, puis admet qu'il ne va pas bien. C'est ce père qui nous raconte la descente aux enfers progressive d'Hugo, sans que les parents ne parviennent à l'endiguer. L'institution scolaire se montre incompétente et personne ne mesure à sa juste valeur la souffrance du jeune garçon. Nous savons dès le début que l'histoire finira mal, car le roman commence par l'organisation d'une marche blanche en hommage à Hugo.
J'aime bien, de temps en temps, renouer avec la plume de Philippe Besson, un auteur que je suis depuis longtemps. J'ai commencé Ceci est mon corps ou Vous parler de mon fils en version audio sans avoir lu le résumé du livre. Quand j'ai compris que le sujet était le harcèlement scolaire, j'avoue me être demandé si c'était une bonne idée d'entreprendre cette lecture au milieu de l'été, entre deux baignades. Mais j'ai poursuivi et j'ai bien fait, même si j'aurais préféré le lire à un autre moment. Philippe Besson traite admirablement bien le sujet en décortiquant le mécanisme du harcèlement et en analysant le rôle joué par chacun face au traitement désastreux du problème.
En début d'année scolaire, je pense à tous les enfants qui seront confrontés à ce fléau. Je pense aussi aux équipes encadrantes qui ont un rôle crucial à jouer, comme le montre cette histoire. Même si cette lecture est difficile, je la conseille à tous : parents, grands-parents, éducateurs... Quand l'engrenage du harcèlement se met en œuvre, il faut absolument que la prise en charge soit immédiate.
Cette bande dessinée a pour personnage principal le phare d’Ar-Men, construit en pleine mer, sur un rocher, entre 1867 et 1881. Il est situé à la pointe ouest de la Bretagne, en mer d’Iroise. Les conditions de vie y étaient si extrêmes qu’il était surnommé « L’enfer des enfers ».
Ar-Men n’est pas une BD facile à aborder. Il m’a fallu deux lectures pour me retrouver parmi les différents personnages et leurs histoires. Il faut dire qu’à la première lecture, j’ai surtout été happé par la beauté des dessins.
Emmanuel Lepage retrace les quinze années de la construction du phare, marquées par d’énormes défis techniques. L’album met aussi en lumière le quotidien des gardiens qui y ont vécu. Le personnage principal est Germain, le gardien qui arrive au phare en 1962 pour remplacer un collègue décédé. C’est par son intermédiaire que nous découvrons l’histoire du phare. Lepage nourrit notre imaginaire en faisant référence aux légendes locales, notamment celle de la ville d’Ys.
Ce qui me marque avant tout dans cette lecture, c’est le plaisir visuel. Les dessins sont tout simplement magnifiques. La mer est représentée dans toutes ses nuances, avec des dégradés de bleu qui alternent avec des tons ocre évoquant le passé. Lepage restitue avec brio les scènes de tempête et le bruit des vagues sur les rochers. Se plonger dans cette BD, c’est se couper du monde le temps de la lecture.
En conclusion, Ar-Men est un livre-objet de toute beauté qu’il faut prendre le temps de savourer.
Lu par Claire Cahen - 12 heures - AUdiolib (Grasset 2025)
« Je voulais vivre » est un roman qui ne manque pas d’originalité. L’autrice a eu l’idée de réhabiliter le personnage de Milady de Winter, issu du roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Dans l’œuvre de Dumas, Milady n’a pas le beau rôle : c’est une espionne et l’ennemie jurée des mousquetaires, qui finit exécutée par un tribunal improvisé. En relisant Dumas, Adélaïde de Clermont-Tonnerre a été frappée par le portrait uniquement à charge de cette jeune femme, dont l’auteur n’évoque ni le passé ni la psychologie. Sa mort est particulièrement violente et cruelle, d’autant plus qu’elle ne dispose d’aucun avocat et que ce pseudo-tribunal est exclusivement composé d’hommes, dont certains ont été ses amants.
« Je voulais vivre » est autant un roman d’aventures qu’un roman féministe. On y découvre à quel point cette jeune femme a été brisée par des hommes dès sa plus tendre enfance. Sans excuser tous ses actes, l’autrice nous permet de comprendre comment Milady en est venue à endosser ce rôle d’espionne auprès du cardinal de Richelieu, et pourquoi elle a dû parfois trahir les hommes qu’elle a aimés.
J’ai passé un très bon moment avec cette lecture audio. J’avais plaisir à retrouver Milady et j’ai éprouvé beaucoup d’empathie pour elle. Si ce n’est pas toujours simple d’être une femme en 2026, notre quotidien n’a rien à voir avec celui des femmes du XVIIᵉ siècle : ce qui était reproché à Milady, c’était tout simplement d’être une femme qui se comportait comme un homme.