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Le narrateur, psychologue dans un hôpital, a pour mission de préparer les familles qui viennent de perdre un proche à accepter un don d'organes.
« Nous sommes des hyènes. C'est le surnom que l'on nous a donné dans le petit cercle où nous exerçons. Je déteste ce nom. Il me fait mal jour et nuit. Notre tâche consiste à préparer les familles dont un des membres vient de décéder à accepter une demande particulière. Nous leur apprenons sa mort et, dans le même temps ou presque, nous tentons d'obtenir l'autorisation de prélever sur son corps de multiples organes. »
Fragilisé par la mort de sa femme, situation qui le laisse seul avec un jeune enfant, l'homme ne supporte plus ce travail auquel il peine à trouver un sens. Il travaille en duo avec un collègue qui a pris tellement de recul par rapport à ce métier qu'il enchaîne les blagues vaseuses dès lors qu'ils sont seuls. Au bord du suicide, l'homme tente de garder la tête hors de l'eau pour ne pas abandonner sa petite fille, mais il est au bord du burn-out professionnel et nous sentons que tout est possible...
Philippe Claudel a pour habitude d'écrire des histoires sombres, mais je dois dire qu'avec ce roman, il « met le paquet ». Le métier du narrateur m'a fait penser à "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal, qui avait pour sujet le don d'organes. La comparaison s'arrête là car, autant l'ouvrage de Maylis est plein d'espoir, autant celui de Claudel est plombant. La fin de "J'abandonne" est un peu plus optimiste que le reste du roman, mais n'a pas réussi à me réconforter. Malgré la noirceur du roman, je dois reconnaître qu'il se lit aisément grâce à la plume impeccable de Claudel.
Voilà un petit livre magnifique dont il est très difficile de parler sans trop en dire. Un homme et une femme quittent leur domicile en plein hiver pour se rendre à la maternité, pleins d'espoir. Ils ont tellement rêvé de cet enfant qui va naître ! Nous les suivons durant les trois ou quatre jours sans doute les plus éprouvants de leur vie.
J'ai acheté ce roman bouleversant à l'occasion du « désherbage » d'une médiathèque et il a dormi plusieurs années dans ma pile à lire. Je l'ai lu d'une traite, à la fois enchantée par la pureté de l'écriture et le cœur serré par l’enchaînement des événements. Nous accompagnons ce merveilleux couple dans les gestes de l'après, tellement importants pour cheminer vers un processus de résilience. L'écriture, très simple, s'attache à l'essentiel, sans pathos.
Ce petit roman est à la fois extrêmement triste et étonnamment réconfortant.
Femme de ménage à Paris, Mariette hérite d'une maison dans un coin perdu de la Normandie. Le notaire a parlé de bicoque, mais pour Mariette, cette maison à la campagne sera toujours plus agréable que sa chambre de bonne. La toute nouvelle propriétaire quitte son emploi et prend le train en direction de la Normandie. Avec sa maigre retraite et sans loyer, Mariette devrait s'en sortir, car la frugalité ne fait pas peur à cette femme peu exigeante.
Elle tombe immédiatement amoureuse de cette toute petite maison et met toute son énergie à remettre en état ce qui devient peu à peu un merveilleux jardin. Mariette vit de façon très simple, au rythme des saisons. Elle ne voit pas grand monde, mais sa maison et son jardin suffisent à la satisfaire. La rencontre d'une toute jeune fille, Louise, va mettre un peu de piment dans sa vie d'ermite. Une amitié improbable va se nouer entre ces deux personnes. Les deux femmes apprennent à se connaître en jardinant ensemble dans le petit paradis de Mariette.
Quel joli petit roman ! Je l'ai dégusté comme un bonbon, en essayant de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. L'ouvrage passe actuellement de main en main dans mon cercle de connaissances, et tous sont subjugués par la poésie de ce texte. L'écrivaine dresse un très joli portrait d'une femme qui trouve l'épanouissement à la soixantaine, montrant qu'il n'y a pas d'âge pour prendre goût à la vie.
Ce livre ravira les amoureux du jardinage et de la nature, mais vous pouvez tout à fait l'apprécier sans être fan des travaux de jardin, je vous rassure. C'est mon cas, et je me suis régalée malgré tout.
Audiolib 2024 - Traduit par Pauline Loquin - 9 h et 50 mn - Lu par Amélia Ewu
Lu en 2025
Le décor de ce roman est un quartier sombre d'East Oakland, en Californie, où vit Kiara, une jeune fille de 17 ans. Contrainte de survivre par ses propres moyens, elle ne peut compter sur son frère aîné, Marcus, immature et déconnecté de la réalité. Confrontée au refus d'être embauchée en raison de son jeune âge, elle se trouve piégée dans l'engrenage de la prostitution.
« Maintenant que j’ai couché une fois, je peux le refaire, ce n’est rien qu’un corps, voilà ce que je me répète. »
La jeune fille lutte pour s'en sortir. Face à la violence de la nuit, elle ne peut pas non plus s'appuyer sur la police car, là aussi, les brebis galeuses pullulent. Que faire alors quand on ne peut se fier à personne, ou presque ?
Bien que la violence soit omniprésente, Arpenter la nuit n'est pas un roman glauque. Kiara, jeune fille attachante au grand cœur, s'occupe par exemple d'un petit voisin délaissé par sa mère. Chaque jour est un combat, mais des moments de grâce illuminent le récit.
Je ne sais pas si j'aurais autant apprécié ce livre en version écrite. La narratrice, formidable, se substitue à Kiara pour nous faire vivre son quotidien et l'accompagner vers une vie plus douce. Un roman vraiment poignant.
Zoé 2016 - 373 pages - traduit par Christine Raguet
"J'ai entendu dire une fois par des anciens que le Ojibwés avaient coutume d'enterrer leurs guerriers assis, face à l'est, là où se lève le soleil, avec toutes leurs armes et leurs affaires autour d'eux. De cette façon, quand ils seraient prêts, ils pourraient suivre le soleil à travers le ciel jusqu’au paradis des chasses éternelles et ils seraient de nouveau des guerriers. C'est comme ça que je veux partir."
À l'âge de seize ans, le jeune Franklin Starlight est appelé par son père, Eldon, qui sent sa fin approcher. Le père et le fils ont peu vécu ensemble : à la mort de sa mère, l'enfant a été confié à un vieil homme qui l'a élevé. Eldon, lui, a noyé son chagrin dans l'alcool, incapable de nouer la moindre relation avec son fils.
À contrecœur, Franklin prend la route pour se rendre dans le village de son père. C'est un jeune homme débrouillard, courageux et bien dans sa tête. Le vieil homme a su lui inculquer des valeurs solides, et il n'est donc pas question pour lui de se dérober à son devoir.
Eldon lui demande de l'accompagner dans les montagnes pour y finir ses jours et y être enterré, selon la tradition des Ojibwés. Le jeune homme accepte. Le périple, peuplé d'embûches, va se faire à cheval. Franklin voit son père décliner de jour en jour. Eldon, conscient de sa mort imminente, lui confie peu à peu son histoire, cherchant sans doute une forme de rédemption.
"Les étoiles s'éteignent pour mourir" est un très beau roman d'initiation. Au fil du récit du père et des épreuves surmontées ensemble, nous voyons la relation père-fils évoluer. Les paysages traversés sont magnifiés par la belle écriture de Richard Wagamese. Notre imagination visualise l'ascension des pentes escarpées et les bivouacs qui permettent repos et confidences. L'histoire de Franklin est indissociable de celle des Ojibwés, l'une des plus grandes nations autochtones d'Amérique du Nord.
Ce livre m'avait été conseillé à plusieurs reprises, et on a fini par me l'offrir pour mon plus grand plaisir.
Astrid, la fin de la trentaine, a tout perdu. Pour surmonter le deuil, elle choisit de tout quitter et achète, sans même la visiter, une maison isolée dans un hameau du Mercantour. Habitée par le souvenir de ceux qu'elle aime et qui ne sont plus de ce monde, elle trouve un peu de consolation dans la poésie et la beauté des lieux. Devoir restaurer la maison occupe ses mains.
Son quotidien va être bouleversé par une rencontre improbable au détour d'un chemin : Soraya, une jeune migrante de dix-sept ans, qu'elle va prendre sous son aile. Le roman nous raconte comment ces deux femmes, si différentes et pourtant si proches par la souffrance qui les habite, vont s'apporter mutuellement du réconfort. Bien que les thèmes abordés soient douloureux, le texte n'est pas "plombant" grâce à l'écriture lumineuse de l'autrice. Parfois, en début de chapitre, des extraits de poèmes, choisis pour leur résonance avec l'histoire, nous sont offerts.
Les personnages secondaires jouent un rôle important, notamment Ida, la voisine, ou Max, un jeune homme qui va rappeler à Soraya sa propre jeunesse. La nature est aussi omniprésente. Le climat rude de l'hiver qu'a dû affronter la jeune Syrienne contraste avec la chaleur des cheminées auprès desquelles les personnages se réchauffent. En lisant ce roman, j'ai visualisé ce hameau aux maisons de pierre, entouré d'arbres et de montagnes enneigées.
La fin du roman prend la tournure d'un thriller et les pages se tournent très vite... Une très belle histoire de sororité.
"Toi, oui. L'autre, pas. » Le Hasard a pris possession des rues. C'est lui qui décide. Il sourit parce qu'il sent que ce soir, il va se bâfrer. Et il joue. Avec malice. Déjoue toutes les prévisions, invente un circuit du meurtre qu'il modifie sans cesse. Une voiture devant celle des tueurs qui n'avance pas assez vite, les énerve et les fait tourner dans une rue plutôt qu'une autre. Un client qui quitte la terrasse trois secondes avant qu'ils n'arrivent. Un ami qui fait la fête avec d'autres mais se lève pour aller aux toilettes cherche des yeux - lorsqu'il revient - ceux avec qui il riait mais ne voit que des corps à terre. "
Dans ce court récit choral, Laurent Gaudé retrace ce qu'ont pu vivre différents protagonistes concernés de près par les attentats perpétrés le 13 novembre 2015. Tour à tour, nous écoutons la parole de victimes, de parents, de témoins, de pompiers, de médecins... Certains se trouvaient en terrasse ou au Bataclan, d'autres dans la rue ou chez eux.
La langue magnifique de l'auteur parvient à nous faire revivre ce jour épouvantable où le destin de nombreuses personnes a basculé. Certes, les témoignages et reportages de l'époque nous avaient sensibilisés au déroulement des événements et à la cruauté des destins brisés, mais une œuvre comme celle de Laurent Gaudé nous permet d'être au plus proche de tous ces gens qui ont souffert physiquement et moralement.
Ce texte poétique et percutant est un vibrant hommage à tous ceux que cette journée a marqués à jamais.